01 juillet 2006

LA VIE EST UN SONGE

Au fin fond de ce 18e arrondissement de Paris, hier soir, de petits maghrébins jouaient dans les caniveau de la rue du Roi d'Alger, la population africaine commençait à emplir les bars communautaires de la rue Championnet, quelques bobos rentraient chez eux et rue de clignancourt des jeunes gens bien élevés affluaient vers Notre Dame du Bon Conseil, havre de paix au milieu d'une cour fleurie, parenthèse d'occident au coeur de ce quartier cosmopolite.

Une troupe d'acteurs amateurs donnait une représentation de La vie est un songe de Calderon... Lucinda s'y était rendue pour voir jouer un de ses amis. Elle ne fut pas décue.

Ce texte magnifique de Calderon, tenant tout autant du conte philosophique que du théatre baroque, mériterait qu'on le relise tant il est riche et offre de pistes de rélexion à explorer... Le bon usage du pouvoir, la superstition, le libre arbitre, la prédestination, la vérité, l'illusion... Mais le thème central est avant tout l'opposition entre nature et culture quand l'homme, conduit par ses impulsions naturelles, s'abandonne à l'agressivité, à la sensualité, jusqu'à tout mettre en péril, détruire et s'auto-détruire, le garde fou de ce penchant étant la culture qui, défendant les hommes de leur nature, régit les rapport des hommes entre eux.

Puis après cette pause divertissante et intelligente, en compagnie d'une jeunesse saine et bien pensante, représentation d'un monde qui n'est pas mais qui ressemble à celui que nous voudrions, reprendre la voiture, retrouver le 18e, ses communautés envahissantes colorées et variées du boulevard Barbès, ses bobos décérébrés et aveugles de la rue Caulincourt, subir la réalité cruelle, et rentrer à la maison...